“18 Le supérieur, le père Blanche, au tempérament de sol- dat (il avait été officier de mobiles en 1870), savait qu'on n'est vaincu que lorsqu'on s’avoue l'être. Il avait trop à cœur le but de son collège pour que son énergie pliât devant ces mul- tiples épreuves. Grâce à la générosité des pauvres Acadiens et au dévouement des Eudistes, le collège reconstruit put rouvrir ses portes le 12 septembre, dix mois après l'incendie ! Cette résurrection presque instantanée prouve quelles espé- rances le jeune collège, si prématurément disparu, avait suscitées dans le cœur des Acadiens et dans celui de ses fondateurs. Nous avons insisté sur l’histoire de cette fondation, comme nous l'avons fait pour celle de Saint-Joseph (1), afin de bien montrer par quels sacrifices de toutes sortes, tant de la part des Acadiens que des fondateurs, ces foyers de vie française ont surgi sur le sol d’Acadie. Nous ne suivrons pas le développement progressif du collège de Sainte-Anne. Il nous suffira de dire qu’actuellement, il abrite et prépare à toutes les carrières libérales deux cents élèves environ (2) et qu’il a eu l'honneur de former aux études classiques les deux premiers évêques acadiens (3). Les cours y sont régulièrement organisés, et débarrassés du système académique, on peut s’y livrer librement à une culture vraiment intellectuelle. Quant à l'installation matérielle, elle ne le cède en rien à celles des autres institutions similaires. Situé sur les bords poétiques de la baie de Sainte-Marie, où débarqua Champlain, lors de son premier voyage en Acadie, le collège jouit d’un climat relati- (1) Cf. Chap. XI. (2) Palmarès de l’Université de Sainte-Anne, 1924. (3) Nosseigneurs Leblanc de Saint-Jean, N. B. et Chiasson C. J. M. de Chatham, N.B.